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Supplique au pape Jean-Paul ll du 18.9.1998

Vollèges, le 18 septembre 1998

Très Saint Père,

Je suis la mère du Vice-caporal Cédric Tornay. C'est une mère, à laquelle le sort à arraché son fils ici-bas, qui s'adresse à vous filialement.

J'étais prête à admettre la triple culpabilité de Cédric, mais les pressions et les manipulations, les dissimulations et les mensonges se sont immédiatement accumulés autour de moi. De plus, les explications reçues des représentants de la Curie, ainsi que les seuls éléments de l'enquête auxquels j'ai pu avoir accès sont tout sauf concluants. Je n'ai pas connaissances des actes de l'instruction vaticane, mais l'échafaudage construit pour étayer la version officielle des faits ne tient debout à l'analyse.

Maintenant, je sais que le drame du 4 mai ne s'est pas déroulé selon cette version, élaborée le soir même, soit avant même l'ouverture de l'instruction judiciaire. Et, audelà de la raison, mon fils continue de me dire à l'oreille et au coeur: «Maman, je ne l'ai pas fait ».

Comme d'autre personnes, je veux simplement savoir la vérité, quelle qu'elle soit. J'ai fait le choix de la confiance en la justice du Vatican, rendue en votre nom et place. Mais, alors que l'enquête est passée depuis 4 mois dans les mains du Promoteur de Justice qui devait, -dit-on- archiver tout prochainement le cas, je n'ai jamais été appelée par le Juge Nicola Picardi pour déposer en qualité de témoin. On me tient d'ailleurs depuis le 7 mai dernier dans le silence le plus complet

Mais voilà, Très Saint-Père, la raison qui me pousse à me confier à vous aujourd'hui. Au début du mois, une personne jouant le rôle d'intermédiaire, m'a fait savoir que le Secrétaire de la Nonciature de Berne désirait me rencontrer. Nous avons fixé rendez-vous, en terrain neutre à St-Gingolph en Suisse au bord du lac Léman près de la frontière française. Nous, nous sommes rencontrés le vendredi 4 septembre 1998 après 16h. Derrière une attitude affable, j'ai bien compris que l'on voulait savoir ce que je savais, dans quel état d'esprit j'étais et quelles étaient mes intentions. C'est d'ailleurs curieux comme, souvent, les ecclésiastiques semblent considérer que les femmes sont intellectuellement déficientes. A la fin de l'entretien, Mgr. J.-B. R. m'a remis un écrin blanc à vos armes, contenant un beau chapelet. Mais il ne m'a pas dit que ce cadeau venait de Votre Sainteté. Il est resté dans le vague à ce sujet.

9 jours plus tard, dimanche 13 septembre en fin de journée, ces mêmes deux personnes (qui ne s'étaient pas annoncées et que je n'avais pas invitées chez moi) se sont présentées à mon domicile. Par correction, vu le nombre de kilomètres parcourus pour me rendre cette visite, j'ai dû les recevoir. Derrière la forme empoulée du langage, au-delà des périphrases et des demi-mots, le message était clair. Il m'est vivement recommandé de ne pas faire de vague. J'ai bien compris que cette mise en garde (pour ne pas dire cette menace à peine voilée) venait du plus haut de votre Secrétairie-d'Etat. Je ne puis croire que cette manoeuvre vienne de vous ou puisse être couverte par votre autorité.

Voilà, Très Saint-Père, la situation dans laquelle, je me trouve maintenant. Je me devais de vous la confier. Plus que pour ma personne, c'est pour les miens que je crains. Or, je ne peux accepter de baisser les bras. Nous avons tous droit, l'Eglise aussi, à la vérité et moi-même, ai le devoir de défendre la mémoire de mon fils, s'il est innocent.

Je suis certaine que vous comprendrez mon état d'esprit et que vous saurez faire ce qu'il convient pour ne pas faire perdre la face à l'Eglise.

Quoiqu'il arrive et bien que je sois protestante, je ne cesse de prier pour vous et pour Votre Garde Suisse. C'est elle seule, en effet, qui devrait garantir votre sécurité corporelle et votre indépendance de chef de l'Eglise. On veut la réduire à une fonction folklorique inoffensive. Le drame sanglant du 4 mai apparaît comme lié à la crise étouffée qui lacérait la Garde depuis quelques années. Je vous en prie, soutenez personnellement le nouveau Commandant. Soutenez vos Gardes, pour l'avenir.

Je demande à votre Sainteté de prier pour le repos éternel des trois morts du 4 mai, sacrifiés pour que vive la Garde Suisse Pontificale, quelques aient été les circonstances du drame. Ils ont perdu ou ils ont donné leur vie pour vous, mystérieusement, en accord avec les termes mêmes du Serment qu'ils vous ont fait un 6 mai. Je vous demande de prier pour moi et mes filles, comme un père pour sa famille. Dans l'espoir de votre compréhension, dans l'espoir de votre protection, je vous assure, Très Saint-Père, de ma proximité de coeur et de dévouement.

Muguette Baudat