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Lettre ouverte du 12.12.2002

Sainteté,

Je suis la mère de Cédric TORNAY. Après avoir tenté une dernière fois de vous intéresser directement, il y a deux mois, mon capital d’espoir, de patience et de confiance est aujourd’hui épuisé. Votre choix du silence et de l’inaction est définitivement établi par la lettre que vient de m’adresser le président du tribunal de l’Etat du Vatican. A ma demande d’une mesure exceptionnelle de la part du magistrat suprême que vous êtes, vous avez donc décidé le maintien du mécanisme ordinaire de la justice vaticane, qui permet commodément de bloquer tout espoir de voir la lumière faite sur le drame du 4 mai. Et pourtant le geste que je sollicitais de votre part était très simple, quoique courageux. Mais ROME est manifestement peuplée des idoles dénoncées dans le psaume 115…

Vous n’avez pas répondu aux appels qu’une mère vous avait lancés dans la discrétion, en septembre 1998 et en juillet 1999, pas plus que vous n’avez répondu à la lettre privée de mes avocats d’avril 2002, ou à l’appel qu’ils ont lancé fin septembre à votre secrétaire personnel. Votre position couronne et justifie parfaitement la volonté de barrage, farouche et constante, adoptée depuis quatre ans par les autorités vaticanes. Cette attitude est allée de pair avec leur grand empressement médiatique lorsqu’il s’est agi de faire si commodément passer Cédric pour un assassin suicide, malade et détraqué. Ainsi, le Vatican n’a-t-il pas hésité à le tuer une seconde fois, manifestement pour que le sépulcre domestique reste blanc d’apparence. Peu importe pour la haute prélature, il était mort, passé aux profits et pertes…

Certes, comme souverain de l’Etat du Vatican, vous êtes libre de croire au scénario proclamé dès le 4 mai 1998 au soir, défendu depuis avec un bel acharnement par vos différents collaborateurs, toujours en vos nom et place. Vous êtes libre de douter de cette « version officielle » tout en la défendant pour sauvegarder la réputation du Vatican. Personnellement, vous êtes tout aussi libre de ne pas vouloir que le chapelet des mystères irrésolus qui ponctuent votre règne soit élucidé. Comme chef de l’Eglise, vous êtes libre de préférer qu’on masque une vérité trop scandaleuse pour le monde Vatican, au prix – vous ne pouvez l’ignorer – de cautionner légalement et moralement des agissements d’apparence judiciaire mais de convenance politique, qui ne scellent que mensonge et injustice. Tout a été tenté pour inviter le Vatican et son maître à ouvrir une porte verrouillée. Mais vos chiens de garde veillaient. La balle reste désormais dans votre camp, et vous ni personne ne pourra dire un jour « nous ne savions pas ! ».

L’état atypique qu’est le Vatican, dont vous êtes le souverain absolu et tout puissant, continuera d’être une forteresse intouchable et une île inaccessible, puisqu’il ne répond à aucun principe ni traité international en matière judiciaire, et ne reconnaît aucun droit à la mère d’un de ses citoyens assassiné. A moins qu’adhérant un jour à l’O.N.U., il soit contraint de ratifier tous les traités et autres conventions reconnues par la communauté internationale, la Secrétairerie d’Etat continuera de dicter sa conduite à l’ordonnancement judiciaire de l’Etat du Vatican, qui n’est que le jouet, l’appendice et le justificatif des volontés de la Curie romaine. Si nous ne pouvons rien contre tout cela, nous ne serons pas non plus responsables du scandale qui va immanquablement toucher votre personne et l’institution spirituelle que vous incarnez. La caution suprême que vous avez décidé d’apporter à la farouche volonté vaticane d’ensevelir et de sceller à jamais le triple meurtre de la garde Suisse détonne tellement sur les principes dont vous êtes le hérault qu’on se demande à quel point vos collaborateurs vous ont informé. Quoi qu’il en soit, vous avez tranché et le résultat est malheureusement perceptible par tous.

Vous préférez – dit-on – prier pour les victimes de la garde Suisse, que vous considérerez comme des « martyrs ». Mais ignoreriez-vous qu’un martyr se sacrifie volontairement pour une cause ? Cédric avait mis en vous toute sa confiance et tout l’enthousiasme de sa jeunesse. Il vous servait loyalement, mais jamais il n’a voulu mourir. IL a été froidement sacrifié, comme un bouc émissaire pour servir une mise en scène, ce qui est fondamentalement différent. Le Pape a choisi de prendre sur lui la responsabilité d’un déni de justice caractérisé et d’une injustice monstrueuse, ce dont l’opinion publique et moi-même ne pouvons que prendre acte avec déception et amertume. Malgré le noir triomphe de la Raison d’Etat au Vatican, le tribunal de l’histoire a déjà tranché. L’opinion publique a d’ores et déjà compris que Cédric était innocent et que derrière l’exécution des époux ESTERMANN, il y avait quelque chose de très grave et, semble-t-il, d’inavouable pour votre entourage. Beaucoup pensaient encore que le Pape ne savait rien, et qu’il allait permettre à la justice d’éclater après avoir personnellement pris connaissance des faits que nous vous avons clairement exposés.

Malgré les obstacles en tout genre qui ont été dressés contre moi, les pressions et menaces multipliées, nous sommes parvenus cette année au seul but poursuivi depuis que je savais mon fils innocent. En effet, grâce à la publication de la requête, que nous vous avions remise, il y a huit mois, tout un chacun peut maintenant s’informer de la réalité du 4 mai. Le contenu de ce document qui n’envisage ni ne dévoile tous les aspects de l’affaire, illustre abondamment l’évidente innocence de Cédric. Un seul des points exposés dans ce document aurait pourtant dû vous suffir pour fonder l’ouverture d’une enquête sérieuse et libre de toute entrave. Je n’ai pas le pouvoir de vous contraindre ni de contraindre l’ordonnancement judiciaire de 44 hectares souverains, drapés dans un isolement d’un autre âge. Je n’aurais d’ailleurs pas attaché une importance absolue à un papier en tête, qui aurait fini par reconnaître, pour le moins du bout des doigts, la non-culpabilité de Cédric.

Notre victoire est que le public sait déjà pertinemment que Cédric TORNAY n’a tué personne et qu’il a été assassiné au Vatican, que le Vatican a menti, que cet Etat a choisi de couvrir des meurtriers pour des raisons qui relèvent probablement de luttes de pouvoir occultes et internes. Les ennemis de ROME s’en serviront, les non-catholiques s’en gargariseront, les catholiques critiques s’en réjouiront, les fidèles sincères en seront blessés, les fanatiques s’en scandaliseront … mais la plaie restera ouverte et s’infectera, parce que les principes évangéliques élémentaires auront été foulés au pied au cœur même de l’Eglise, avec qui plus est, la caution de qui en occupe le sommet.

En somme, votre Sainteté a choisi de porter le poids d’une innocence et d’une injustice patentes, mais se peut-il que ce soit au nom de l’Evangile, puisque ce n’est certainement pas au nom du Droit ? Quoi qu’il en soit, il reviendra aux électeurs de votre successeur, et au nouveau Souverain Pontife d’évaluer leur responsabilité face à ce déshonneur, de le laver ou de le confirmer. L’Eglise seule se libérerait en ouvrant grandes les portes de plomb du Vatican, car l’histoire a déjà jugé malgré l’opacité de ce que vous dites être une maison de verre. Quoi qu’il en soit, et sans attendre un possible mea culpa dans un, trois ou cinq siècles, toute la vérité sur le drame du 4 mai sera dite, de A à Z, quelque soit le temps que cela prendra et malgré les freins qu’on pourrait encore y mettre, et de toute évidence hors de ROME. Qui sait si un pape futur, qui a aujourd’hui l’âge de Cédric, se souviendra du grossier déni de justice et de l’injustice criante faite à un jeune serviteur de l’un de ses prédécesseurs nommé Jean-Paul II !

« Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des autres, mais eux, ils se refusent à les remuer du doigt », disait Jésus (Matthieu, 23, 4) qui menaçait aussi : « Malheur à vous … guides aveugles qui arrêtez le moustique au filtre, et laissez passer le chameau » (Matthieu, 23, 24). Qui peut croire que ces paroles de feu soient devenues caduques ?